Pressécomme un citron
Billet d’humeur
Il paraît que le citron vaudois est une variété à part. Plus juteux que les autres, dit-on dans les couloirs feutrés où l’on décide de nos impôts. On peut le presser, le represser, et quand on croit qu’il n’y a plus rien à en tirer, il sort encore une goutte. Une taxe par-ci, une redevance par-là, un émargement nouveau qu’on n’avait pas vu venir. Le citron vaudois ne dit jamais non. Il paie.
Et il paie pour quoi, au juste ? Voilà la question qu’on n’ose plus poser à voix haute, de peur de passer pour un mauvais coucheur. Pour des routes qu’on referme à peine ouvertes. Pour des formulaires qui en appellent d’autres. Pour des décisions qui changent à chaque législature, le temps qu’on ait fini de comprendre la précédente. On nous explique que tout cela, c’est le prix du vivre-ensemble. Soit. Mais le vivre-ensemble, à ce tarif-là, commence à ressembler à un abonnement dont on aurait perdu le bouton de résiliation.
Le plus beau, c’est le ton. On ne vous presse pas, voyons — on vous accompagne. On ne vous taxe pas — on vous fait contribuer. Le vocabulaire a fait des progrès que les prestations n’ont pas suivis. Derrière le guichet, un fonctionnaire applique consciencieusement un règlement qu’il n’a pas écrit, dicté par un élu qui ne le lira jamais, voté dans une salle où personne n’a jamais pressé un citron de sa vie. Et au bout de la chaîne, il y a vous. Le citron. Qui s’étonne, naïvement, qu’on lui demande encore son jus alors qu’il a déjà tout donné l’année dernière.
On nous répondra qu’il suffit de voter, de signer des initiatives, de prendre part au débat citoyen. C’est vrai, et c’est même le seul levier qui reste. Mais entre deux scrutins, le citron continue de couler, goutte à goutte, dans un verre qu’il ne boira pas.
Alors une suggestion, sans rancune : le jour où l’on aura fini de presser, qu’on ait au moins l’élégance de nous rendre l’écorce. On en fera de la confiture. Ce sera toujours ça de produit localement.a
