L’homme sans natel et sans IA ? Bonne chance.

Il paraît de temps en temps dans les conversations, ce personnage. On le cite avec une espèce d’admiration qu’on réserve d’habitude aux anachorètes et aux fous. « Il a pas de smartphone. Il utilise pas l’IA. Il fait tout à la main.»

Et tout le monde de hocher la tête. Comme si on venait d’apercevoir le dernier grand bûcheron du Jura tailler ses crayons avec un canif.

Moi ça me fait pas rêver. ça me fait pitié.

Soyons clairs une bonne fois.

Se priver de natel en 2026, c’est pas de la liberté. C’est de l’obstruction volontaire. T’as pas accès à ton billet de train. T’as pas accès à ton compte bancaire en mobilité. T’as pas moyen de prévenir quelqu’un si tu te retournes en voiture dans un fossé quelque part entre Romont et Bulle. Mais t’es libre. Libre de quoi exactement ? D’attendre le bus en regardant les nuages ?

Et l’IA. Ah, l’IA. Le grand Satan numérique. « Je veux pas que ça pense à ma place.»

Personne te demande de lui confier tes pensées les plus intimes, camarade. Mais refuser un outil qui cherche, rédige, synthétise, corrige, traduit, explique — et ça en quelques secondes — parce que t’es allergique au progrès, c’est pas de la sagesse. C’est de l’entiêtement déguisé en principe.

On a dit la même chose de la machine à écrire. De la photocopieuse. Du fax. De l’ordinateur. « ça remplace l’homme.» Non. ça libère l’homme des tâches qui bouffent du temps pour rien.

Le vrai problème de Monsieur Sans-Natel.

C’est pas qu’il résiste à la technologie. C’est qu’il veut qu’on le remarque. Il veut qu’on lui demande pourquoi il a pas de smartphone, pour pouvoir expliquer longuement, avec des gestes lents, qu’il a fait un choix de vie. Un choix. De vie. Pour un bout de plastique avec une puce.

Si tu débranches vraiment, tu le dis pas à tout le monde. Tu le fais, point. Mais lui il le dit. Il l’écrit même, sur les réseaux sociaux, depuis son ordinateur connecté, que le numérique c’est le diable.

Je connais le personnage. On le croise partout. Il arrive en retard parce qu’il a pas pu vérifier son horaire. Il te demande de lui envoyer un SMS parce qu’il a un « téléphone basique». Il rate des informations importantes. Il fait travailler les autres à sa place. Et il sourit, fier de lui, comme si son inconvénient quotidien était une forme de vertu cardinale.

Ce que j’ai compris, moi.

J’utilise ce que je veux, quand ça m’arrange. Je me promène pas avec le natel collé à la main. Mais il est dans ma poche, et si j’en ai besoin, il est là. Pareil pour l’IA : je m’en sers quand ça accélère quelque chose d’utile. Je suis pas son esclave. Je suis pas non plus son ennemi juré.

La liberté, c’est pas de tout rejeter en bloc. C’est de choisir ce qu’on prend et ce qu’on laisse, sans se raconter des histoires et sans attendre les applaudissements.

L’homme sans natel et sans IA ? Il me rappelle ces gens qui font leur pain à la main le dimanche et qui le font savoir le lundi matin au bureau. Bien. Très bien. Mais tu vas quand même pas refaire la société avec ta miche de campagne.

Va te chercher un natel. Et essaie l’IA. Au pire tu perds dix minutes. Au mieux tu gagnes dix ans.