La piscine privée : un vol d’eau déguisé en loisir

Posséder une piscine privée, c’est s’octroyer un privilège sur une ressource qui appartient à tous. L’eau n’est pas une marchandise de confort, c’est un bien commun — et chaque été, des milliers de bassins se remplissent comme si cette évidence n’existait pas.

Remplir une piscine, c’est prélever des dizaines de milliers de litres d’un coup, dans le réseau public ou dans une nappe phréatique. Cette eau sort alors purement et simplement du cycle utile : une privatisation de fait, jamais tranchée par aucun débat démocratique.

Et ce n’est pas tout : cette eau devient un cocktail chimique — chlore, algicides, régulateurs de pH — qu’on finit par reverser, à la vidange, dans les réseaux ou dans la nature. Empruntée à la collectivité, restituée polluée.

Ce n’est pas une question de goût personnel, c’est une question de règles communes. S’offrir une piscine en période de restrictions, c’est s’exempter des efforts que tout le monde fait par ailleurs. Un prélèvement, une pollution, un passe-droit.

Je demande un moratoire immédiat sur les permis de construire pour piscines privées. Nos responsables politiques doivent cesser de gérer l’existant au coup par coup et engager un vrai changement de société face aux défis hydriques à venir. Continuer à délivrer des permis en toute connaissance de cause, c’est hypothéquer l’avenir pour un confort estival.