Aujourd’hui, on parle tout seul. On tape, on poste, on répond à des écrans, mais on ne regarde plus personne. La conversation existe encore, mais elle s’est déplacée : elle passe par un clavier, jamais par un regard. Et pendant ce temps, la vraie présence — celle d’en face, celle qui prend du temps et de l’attention — devient encombrante.
C’est ça le plus grave : les autres sont devenus une charge. On ne les vit plus, on les “gère”. Un message qu’on repousse, un appel qu’on laisse sonner, une visite qu’on écourte parce qu’on a “des choses à faire” — alors que ces choses, bien souvent, c’est encore et toujours l’écran. On a inversé l’ordre des priorités : le virtuel est devenu la vie principale, et le réel n’est plus qu’une interruption qu’on subit.
De la daube, oui. Parce qu’une vie où l’autre devient une corvée n’est plus une vie, c’est une gestion. Et une gestion, ça s’organise, ça se planifie, ça se limite — ce n’est pas ce qu’on attend d’une relation humaine.
Non merci. Cette manière de vivre ne tiendra pas, parce qu’elle va à l’encontre de ce qu’on est. On peut cocher toutes les notifications de la terre, ça ne remplacera jamais un visage en face du sien. Un jour ou l’autre, le vide qu’elle laisse finira par se faire sentir — et ce jour-là, on redécouvrira l’évidence qu’on avait mise de côté.
