Il y a une catégorie d’individus qui mérite une statue — dos à la route, le doigt pointé sur eux-mêmes : ceux qui se croient au-dessus des lois. Pas par révolte, pas par idée, non. Juste parce qu’eux, voyez-vous, c’est pas pareil. Le panneau, c’est pour les autres. La ligne blanche, un conseil amical. Le tunnel, une scène d’opéra où ils viennent pousser leur grand air à six mille tours.
Et le plus beau, le bouquet final : c’est nous qui payons leur numéro. Parce que trois crétins transforment la rue en circuit, on colle du 30 partout, même là où un escargot s’endormirait. Parce que deux abrutis confondent la nationale avec Le Mans, on rabote la campagne à 60, et bientôt l’autoroute à 80. La règle ne punit jamais le coupable : elle punit tout le monde, sauf lui, qui de toute façon s’en tape et continuera à rouler comme un porc.
Voilà le vrai exploit du frimeur motorisé : non content de n’impressionner personne, il réussit à nous emmerder collectivement. Car son « vroum vroum » en rase campagne, son rugissement de tube d’échappement trafiqué à minuit, sa pointe à 220 sur une ligne droite déserte — ça n’intéresse strictement personne. Personne. Ni la vache dans le pré, ni la vieille à sa fenêtre, ni la nana qu’il croit séduire et qui pense surtout qu’il est sourd, con, ou les deux.
Il se rêve rebelle. Il n’est qu’une nuisance à quatre roues, un type qui a confondu le bruit avec l’existence. Et à force de jouer les hors-la-loi pour public absent, il nous fabrique des lois, des radars, des amendes et des chicanes — tout un arsenal de contraintes dont nous héritons à sa place, nous qui ne demandions rien.
Alors un conseil, l’artiste : si tu as vraiment besoin de faire du bruit et de te sentir vivant, mange des oignons et va péter un coup dans ton garage. C’est tout aussi sonore, ça soulage davantage, ça fait du bien aux intestins — et pour une fois, tu ne risqueras rien. Ni le permis, ni le ridicule. Enfin, le ridicule, on ne sait jamais.
