Sur ces discussions qui ne mènent nulle part

Il y a des échanges qui ont toute l’apparence d’une conversation — des phrases qui s’enchaînent, des sourires polis, des hochements de tête — et qui pourtant ne transportent rien. On parle du temps qu’il fait, du prix de l’essence, du dernier match, et au bout de vingt minutes on se rend compte qu’on n’a strictement rien appris, rien remis en question, rien partagé qui vaille la peine d’être gardé. C’est le degré zéro de l’échange humain : deux bouches qui bougent, deux esprits en veille.

Ce qui frappe surtout, c’est la fatigue particulière que ça laisse. Une vraie discussion, même difficile, même conflictuelle, vous quitte avec quelque chose en plus — une idée, un doute, une nuance qu’on n’avait pas avant. Une discussion vide, elle, vous quitte exactement comme elle vous a trouvé, mais avec la sensation d’avoir perdu du temps qu’on ne récupérera pas. Le vide ne repose pas ; il use.

Et il y a une variante encore plus irritante : celle où l’interlocuteur croit dire quelque chose. Il répète une opinion toute faite, entendue ailleurs, jamais examinée, avec l’aplomb de quelqu’un qui vient de découvrir le feu. Là, ce n’est plus du vide poli, c’est du vide qui se prend pour de la pensée — et c’est sans doute la forme la plus fatigante de bêtise, parce qu’elle est convaincue d’elle-même.

La tentation, face à ça, c’est de hausser le ton, de vouloir secouer, prouver, corriger. Ça ne sert à rien. On ne remplit pas un vide en criant dedans. La seule chose raisonnable, c’est de reconnaître l’échange pour ce qu’il est, de ne rien y investir de plus qu’il ne mérite, et de garder son énergie pour les gens — rares, précieux — avec qui parler veut encore dire quelque chose.

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