Tu veux la vérité, la vraie, celle qu’on ne te dira jamais en face ? Ton beau bordel — la grosse montre, le capot rutilant, le sac à logo, le titre que tu colles à ton nom comme une décoration de guerre — tout le monde s’en tamponne. Royalement. On te sourit, on hoche la tête, et dès que tu as le dos tourné on pense à ce qu’on va bouffer ce soir.
Le paon qui fait la roue croit éblouir la basse-cour. Mais la basse-cour est pleine de paons, et chacun fixe son propre cul empanaché dans le reflet de la mare. Voilà ton public : une assemblée de frimeurs trop occupés à se renifler eux-mêmes pour lever le nez sur toi. Tu te crois en représentation ; tu es seul dans la salle, à applaudir ton ombre.
Et le plus drôle — le plus pathétique, plutôt — c’est que plus tu en remets, plus tu vends la mèche. On ne brâille pas qu’on a des couilles ; on les a, c’est tout. Le mec qui étale, c’est le mec qui flippe. Sa Rolex hurle ce que son compte en banque chuchote. Ses trois citations mal recrachées trahissent le bouquin qu’il n’a jamais fini. La frime, c’est le reçu officiel du vide : signé, tamponné, encadré au mur.
Le vrai luxe, le seul qu’aucun connard ne pourra te piquer, c’est de t’en branler. Rouler dans une vieille caisse qui démarre au quart de tour pendant que le voisin s’endette jusqu’au trognon pour un 4×4 qui ne verra jamais d’autre boue que celle du parking Migros. Porter ce qui te va. Dire ce que tu penses. Ne plus tendre la sébile pour qu’on t’aime.
Parce qu’au fond, c’est d’une simplicité à te coller la honte : le monde ne t’admirera pas. Il n’en a ni le temps ni l’envie. Il est bien trop occupé à quémander la même admiration que toi, la main tendue, le sourire crispé.
Alors range ta montre, rentre ton ego, et ferme ta vitrine. Y’a personne au carreau.
