ÉPITAPHE DU BOUCHON LIBRE

Depuis le 3 juillet 2024, l’Union européenne a tranché : tous les bouchons des bouteilles en plastique doivent rester solidaires du goulot. Attachés. Reliés. Inséparables. Officiellement pour sauver les océans et empêcher trois bouchons sur un milliard de finir dans le ventre d’une tortue. Officieusement, pour donner du grain à moudre à une administration qui s’ennuie et adore légiférer sur la longueur d’une attache plastique.

La maison Valser, elle, a fait ce que la Suisse fait de mieux : hausser les épaules et continuer à visser ses bouchons comme avant. Détachables. Honnêtes. Qui tombent sous l’évier quand l’envie leur prend. Et figure-toi que les rivières helvétiques ne s’en portent pas plus mal.

Alors levons notre verre — décapsulé proprement — à la mémoire du disparu :

ÉPITAPHE DU BOUCHON LIBRE Ci-gît le Bouchon Libre 3 juillet 2024 — condamné à perpétuité, attaché au goulot, pour le bien de l’humanité et la tranquillité d’esprit du fonctionnaire.

Il n’avait rien demandé. On l’a sauvé de lui-même.

Repose en paix de l’autre côté de la frontière. Car ici, chez Valser, ton cousin se dévisse encore — franc, détaché, libre de ses mouvements.

Vive nous. Vive le bouchon qui tombe par terre quand il en a envie.