La retraite, la grande de carotte!

On vous l’a vendu dès le premier jour : travaillez bien, payez vos cotisations, et un jour vous serez libres. Le mot est beau. La réalité l’est moins.

La retraite, c’est la récompense promise aux obéissants. Quarante ans de réveil, de chef, de réunions inutiles — et au bout du tunnel, la lumière. Sauf que le tunnel dure les trois quarts de votre vie, et la lumière ressemble souvent à une ampoule de 40 watts dans un appartement silencieux.

Personne ne vous dit qu’à 65 ans les genoux font mal, que les amis sont morts, malades ou partis au soleil, et que l’énergie d’avant n’est plus au rendez-vous. Vous avez attendu d’être libre pour vivre. Le corps, lui, n’a pas attendu pour vieillir.

Monsieur Retraite comptait les jours comme un gamin avant Noël. Trois mois après le grand départ, il appelle ses enfants deux fois par jour, repeint le garage, s’inscrit à la pétanque du jeudi — lui qui la détestait. Il s’ennuie, et ne comprend pas pourquoi. Il ne sait pas que le travail, même détesté, donne un rythme, une raison de se lever, une place aux yeux des autres. L’enlever d’un coup, c’est pas de la liberté. C’est un vide.

Ceux qui ont compris n’ont pas attendu 65 ans pour vivre à leur rythme. Ils ont réorganisé leur vie avant, pas parce qu’ils étaient riches, mais parce qu’ils ont refusé de tout remettre à plus tard. La liberté se construit, elle ne s’installe pas le jour où on vous remet une montre en or.

La retraite, c’est la récompense qu’on vous donne pour avoir pris vos meilleures années. Merci patron, merci le système.

La prochaine fois qu’on vous vante la retraite comme objectif de vie, demandez-vous pourquoi il faudrait attendre 65 ans et les genoux foutus pour commencer à vivre.