Soyons honnêtes une bonne fois : cette montre que tu laisses dépasser de ta manche, ce capot que tu gares en biais pour qu’on lise bien le logo, ce nom d’école que tu glisses « comme ça » dans la conversation — personne n’en a rien à faire. Pas par méchanceté. Par désintérêt total.
Le drame du vaniteux, c’est qu’il joue son grand numéro devant une salle où chaque spectateur est lui-même sur scène, en train de jouer le sien. Tu pérores, il acquiesce poliment en pensant à sa propre réplique. Vous êtes deux paons qui s’éventent l’un l’autre, persuadés chacun d’être le seul oiseau de la basse-cour.
Et le comble du raffinement : plus tu en fais, plus tu te dénonces. Le type qui étale a toujours quelque chose à cacher — généralement le vide. On ne crie pas qu’on est riche quand on l’est ; on ne hurle pas qu’on est cultivé en récitant trois citations mal digestées. L’esbroufe est le reçu fiscal de l’insignifiance : elle prouve exactement le contraire de ce qu’elle affiche.
Le vrai luxe, celui que personne ne peut t’acheter ni te voler, c’est de t’en foutre. De rouler dans une vieille caisse qui démarre au quart de tour pendant que le voisin réhypothèque sa maison pour un SUV qu’il ne conduira qu’au centre commercial. De porter ce qui est confortable. De dire ce que tu penses. De vivre, enfin, sans tendre la sébile du regard d’autrui.
Car la vérité est d’une simplicité humiliante : le monde ne te doit aucune admiration, et il ne te la donnera pas. Il est bien trop occupé à mendier la tienne.
Alors range ta montre. On ne regardait pas.
