Trente ans. Trente ans de COP, de sommets, de photos de famille avec des chefs d’État qui se serrent la main devant des drapeaux, et de rapports qu’on planque dans un tiroir sitôt les caméras éteintes. Trente ans de « on va changer », pendant qu’on continue exactement comme avant, en pire. Et on ose encore s’étonner que rien ne bouge ?
Arrêtons l’hypocrisie deux minutes. Ce n’est pas un problème de manque d’information. Personne, aujourd’hui, ne peut prétendre ne pas savoir. Le problème, c’est qu’on préfère le confort à la vérité, et qu’on a bâti des existences entières sur le jetable, l’immédiat, le pas-cher-parce-que-quelqu’un-d’autre-paie-la-facture. On le sait très bien, mais on regarde ailleurs, parce que regarder en face, ça dérange le petit confort du dimanche.
Et le plus écœurant dans tout ça, c’est le sens du cirque qu’on nous impose. On culpabilise le pékin de base pour sa paille en plastique, on lui vend une gourde en inox à 40 balles pour se donner bonne conscience, pendant que des industries entières continuent de cracher leur poison sans qu’on leur demande jamais le moindre compte. On tape sur le petit parce que le gros, lui, a les moyens de payer les lobbyistes qui écrivent les lois à sa place. C’est une farce, et tout le monde applaudit.
« On changera quand ce sera vraiment grave. » Mais c’est déjà grave, bande d’aveugles. Les canicules qui cuisent nos vieux dans leurs appartements, les glaciers qui fondent sous nos yeux, ici, en Suisse, les récoltes qui crament sur pied — ce ne sont pas des films catastrophe qu’on regarde depuis son canapé. C’est le réel, maintenant, chez nous. Et on continue de discuter du « bon moment » pour agir comme si on avait tout le temps du monde. On ne l’a pas. On ne l’a jamais eu.
On a reçu en héritage une terre qui tournait rond. Des saisons qui avaient un sens, un climat stable, des sols vivants. Et qu’est-ce qu’on en fait ? On la bouffe, on l’épuise, on la refile cramée à nos gosses en toute bonne conscience, en se racontant qu’on n’y est pour rien, que c’est « le système », que c’est « trop tard de toute façon », que c’est « aux autres de commencer ». Lâche, tout simplement. C’est de la lâcheté organisée, planétaire, et confortablement assise dans son canapé.
Alors non, je ne vais pas attendre la prochaine COP pour qu’on me resserve la même soupe tiède. On arrête de se raconter des histoires : moins acheter, réparer au lieu de jeter, soutenir ce qui pousse et se produit à côté de chez soi plutôt que ce qui traverse la planète sous plastique. Ce n’est pas du militantisme de salon, c’est juste refuser de continuer à jouer les idiots pendant que la maison brûle.
On a hérité d’acquis qu’on est en train de dilapider comme des rentiers qui croient leur capital infini. Il ne l’est pas. Alors on se bouge, maintenant, chacun chez soi — ou on ferme sa gueule le jour où il n’y aura plus rien à sauver.
