Autrefois, un ventre rond disait : « je mange à ma faim, je ne trime pas comme un forçat, j’ai réussi. » La graisse comme preuve d’abondance, comme costume de pouvoir — au même titre que la grosse bagnole ou la villa avec piscine. Plus c’est encombrant, plus ça prouve qu’on a les moyens de ne pas s’en soucier.
Et l’épouse dans tout ça ? Elle nourrit, elle materne, elle installe le confort — et le ventre qui pousse devient, dans l’imaginaire populaire, la médaille du mari bien traité. Sauf que cette médaille ressemble surtout à un renoncement à deux : plus personne ne surveille rien, la vigilance du début de couple a disparu, et on appelle « amour » ce qui n’est souvent que paresse partagée.
Car voilà le problème : ce symbole est mort. Aujourd’hui, dans nos sociétés, la minceur et le corps entretenu sont devenus les vrais marqueurs de réussite — ils coûtent du temps, de la discipline, de l’argent. Le ventre proéminent n’affiche plus la puissance, il affiche l’abandon. Ce n’est plus un trophée, c’est un aveu : celui de deux personnes qui ont cessé de se regarder, de se tenir, de se respecter physiquement.
Alors non, ce n’est pas la réussite sociale qui fait grossir les hommes en couple. C’est le confort qui tue l’exigence — et l’épouse qui cuisine trop n’y est pour rien si personne, dans le couple, n’a le courage de dire stop.