Quand l’homme parle à son téléphone

Regardez autour de vous. Dans la rue, au bistrot, dans le train : des gens qui parlent à leur téléphone, le regard vide, comme on parlerait à un ami. Un objet leur répond, et ils trouvent ça normal. Moi, je trouve ça absurde.

On lui demande la météo au lieu de lever les yeux au ciel. On lui demande son chemin au lieu de regarder où on met les pieds. On lui demande quoi penser, quoi acheter, quoi répondre. Et maintenant, on se fie à l’IA comme à un oracle, sans se demander une seconde qui l’a nourrie, ni pourquoi elle dit ce qu’elle dit.

Le plus fort, c’est l’ordinateur ouvert au bistrot, entre le café et le croissant. Le client « travaille », paraît-il. Il ne voit plus ni le patron, ni la serveuse, ni le voisin de table. Le bistrot, où l’on venait pour parler, pour se disputer, pour rire, est devenu un bureau avec de meilleurs cafés.

Cette vie artificielle, l’homme se la fabrique pour une seule raison : il ne veut plus résoudre ses vrais problèmes. Seul, fatigué, perdu, il met une application dessus, et voilà un écran de plus entre lui et le monde. Pendant ce temps, il n’écoute plus la nature. Elle fait pourtant le même bruit depuis toujours : la pluie, le vent, les saisons, la vigne qui dit quand elle est prête. Elle ne se connecte pas, elle ne se met pas à jour, et elle ne se laisse pas commander.

J’espère qu’elle se vengera un jour de tous ceux qui se croient intouchables parce qu’ils ont le dernier natel à la mode. Quand le réseau tombera, que la batterie sera à plat et que l’assistant ne répondra plus, il leur restera à regarder autour d’eux, sans mode d’emploi.

Car ce qui nous attend, c’est la connerie sans limite et le mensonge, partout, tout le temps, servis par des machines qui ne se fatiguent jamais. Plus on leur fera confiance, plus ils prospéreront.

Moi, je garde les pieds sur terre, les yeux ouverts et la tête à moi.

Pierre Charles, dit Charlo

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