« Vraiment moi … « 

Laissez-moi tranquille

Mettons les choses au clair une bonne fois. Je n’ai besoin de personne. Pas par orgueil mal placé, pas pour faire le dur — par simple constat. Tout ce que j’ai, je l’ai bâti seul. Je n’ai jamais frappé à aucune porte, jamais tendu la main, jamais demandé qu’on me porte. Ce que je suis, je me le dois. Alors qu’on m’épargne, aujourd’hui, les attentions intéressées.

Car je vois clair dans le manège. Ces regards qui s’allument quand on devine ce que je possède. Ces sourires qui arrivent toujours avec une facture cachée derrière. On ne s’approche pas de moi : on évalue un gisement. La maison, la sécurité, l’homme solide sur qui se reposer — voilà ce qu’on vient chérir. Pas moi. Jamais moi. Le confort que je représente, oui ; l’homme qui le porte, on s’en moque.

J’ai donné. J’ai été le gentil, le solide, le toujours disponible. Et j’ai compris ce que valait le rôle : rien. On use le serviable jusqu’à la corde et on le jette quand il n’a plus rien à rendre. On ne remercie pas un outil — on s’en sert. J’ai été cet outil bien trop longtemps. C’est fini. L’établi est fermé.

Alors je le dis sans détour, et qu’on ne me le fasse pas répéter : laissez-moi tranquille. Je ne suis pas un porte-monnaie qu’on caresse. Je ne suis pas une épaule de secours. Je ne suis pas le plan B confortable pour celle qui a fait le tour des autres. Je ne dois rien à personne, et surtout pas d’explication. Mon « non » se suffit à lui-même.

Qu’on garde ses calculs, ses attentes, ses contraintes que je n’ai jamais signées. Je reprends ma paix comme on reprend un dû. Je veux mes journées à moi, mon silence à moi, ma porte fermée quand bon me semble. Ce n’est pas de la solitude : c’est de la liberté, enfin récupérée.

Que celles qui voyaient en moi un coffre-fort sur deux jambes aillent le chercher ailleurs. Moi, je n’ai plus rien à prouver, plus rien à offrir à qui ne vient que pour ça, et plus une minute à perdre à me justifier. Je me suis fait tout seul. Je m’en porterai très bien tout seul. Et la seule chose que je réclame désormais, c’est qu’on me la foute, cette paix. Définitivement.