Je vais être direct : la neutralité, ce n’est pas une excuse pour fermer les yeux. C’est un choix de politique étrangère, pas une dispense de bon sens ni de respect.
Depuis quelque temps, je vois cette notion brandie n’importe comment, par n’importe qui, pour justifier n’importe quoi. « On est neutres, donc on ne prend pas position. » « On est neutres, donc on n’a rien à dire. » Comme si la neutralité était un permis de se taire face à des comportements inacceptables. Non. La neutralité helvétique, historiquement, ce n’est pas de l’indifférence morale — c’est une posture militaire et diplomatique, pensée pour éviter que la Suisse serve de champ de bataille ou de pion dans les conflits des grandes puissances. Elle n’a jamais voulu dire « je m’en fous de ce qui se passe ».
Et c’est là que ça me fâche. Parce que j’aimerais pouvoir dire que ce genre d’amalgame vient de l’extérieur, de gens qui comprennent mal notre pays. Mais non. Il y a des Suisses, des vrais, nés ici, qui utilisent ce mot comme un bouclier commode pour ne pas avoir à se positionner, pour excuser des comportements irrespectueux, voire pour couvrir des attitudes qu’on ne devrait tolérer nulle part. Ça, ce n’est pas de la neutralité. C’est de la lâcheté qui se donne un vernis patriotique.
Je serais bien tenté de mettre ces gens-là à la porte — au sens figuré, hein — mais le problème, c’est que certains d’entre eux sont chez eux ici. Ils sont d’ici. Et ça, ça complique tout, parce qu’on ne peut pas simplement dire « ce n’est pas nous, c’est les autres ». Il faut regarder les choses en face, même quand ça dérange.
Alors qu’est-ce qu’on fait ? On ne jette pas la neutralité aux orties — elle a encore du sens, elle a protégé ce pays, elle continue de nous permettre de jouer un rôle de médiateur que peu d’États peuvent jouer. Mais on arrête de la laisser servir d’alibi. La neutralité, c’est ne pas prendre parti militairement dans un conflit entre États. Ce n’est pas rester silencieux devant l’irrespect, l’intolérance, ou le mépris de l’autre, que ça vienne de l’étranger ou, malheureusement, de chez nous.
Être suisse, pour moi, ça devrait vouloir dire porter cette exigence-là aussi : garder la neutralité qui protège, et rejeter celle qui excuse. Les deux ne sont pas la même chose, même si certains aimeraient nous faire croire le contraire.